Habiter

Nos modes d’habiter, apparus au XIXème siècle avec la montée de la bourgeoisie, ont très peu évolué depuis deux siècles. Le plan d’un logement actuel à Paris, par exemple, est resté très proche de ce que fut l’habitat du XIXème siècle sous Napoléon III à l’époque haussmannienne.

L’émergence de nouvelles pratiques liées aux nouvelles technologies est en train de révolutionner ces modèles. Le portable et le net permettent de tout faire n’importe où dans la maison. Les notions de chambre, de salon ou de cuisine deviennent de plus en plus floues, et l’habitat de demain sera aussi bien un bureau qu’un hôpital.

Parallèlement, l’approche user-centric, qui part de l’individu pour concevoir et proposer de nouveaux produits et services, commence à bouleverser les pratiques traditionnelles dans le secteur de l’immobilier. Le design de services propose de repenser les infrastructures et les objets qui nous entourent en partant des besoins des utilisateurs, lesquels varient en fonction de l’âge, de l’état de santé, de la situation socio-professionnelle, etc.

Le vieillissement des populations, dans nos pays d’Europe occidentale, crée ainsi de nouvelles attentes vis-à-vis du logement, car l’immense majorité des personnes âgées souhaitent demeurer chez elles le plus longtemps possible. De même, les revendications croissantes des personnes à mobilité réduite nous imposent de repenser l’aménagement et les fonctionnalités de ces espaces en renforçant leur modularité.

À quoi ressemblera l’habitat urbain de demain face à ces mutations massives ? Comment concevoir des logements multi-usages qui couvrent tous les besoins des habitants dans leur diversité, tout en répondant à d’autres aspirations plus profondes ?

Car le logement n’est pas un espace comme les autres. Lieu du repli, du repos, de l’intime, il est toujours chargé de significations particulières. C’est la « chambre à soi » chère à Virginia Woolf, le cocon où l’on se ressource loin du tumulte de la ville, à l’écart de l’espace public. On y cherche le confort et la sécurité. C’est aussi le lieu de la mémoire, de l’imaginaire, de la vie affective. Le logement est par ailleurs ce qui nous relie à la ville. Implanté dans un quartier, situé à proximité d’un réseau de transport, le lieu où l’on habite détermine notre vie sociale, la qualité de notre quotidien, la richesse de nos échanges avec nos voisins, nos commerçants, notre communauté. Autant de dimensions qu’une approche simplement technique du logement ne saurait prendre en compte.