Travailler

Le travail, pilier de nos sociétés occidentales modernes, est à l’aube d’un bouleversement sans précédent. Né de la révolution industrielle et du taylorisme, le modèle de l’entreprise actuelle, organisée de façon verticale autour de cadres immuables, est en train de voler en éclats.

Il y a une vingtaine d’années, le monde du travail renvoyait à un espace bien défini, occupé par des salariés aux fonctions claires, et ce dans un cadre horaire et juridique précis. Internet et la mobilité connectée ont changé radicalement la donne : on peut désormais travailler de partout, et de plus en plus d’actifs le font. Le travail n’est déjà plus une histoire de lieux, mais de temps et de flux. Comment définir ce qu’est une entreprise si la majorité de son travail est produit hors les murs, par des réseaux de travailleurs nomades, aux contrats de travail ténus ?

Au sein des villes, on voit ainsi germer de nouveaux espaces dédiés au coworking et au travail nomade, destinés à faciliter les échanges, favoriser la transversalité et stimuler la créativité. D’aucuns prédisent la fin du salariat, avec l’apparition de modèles économiques inédits – économie du partage, collaboration, uberisation. Que ce soit dans les très grandes ou dans les très petites entreprises, en tous cas, le travail est désormais organisé autour de projets sans cesse changeants et dans un environnement de plus en plus chaotique.

L’allongement de la durée de vie, par ailleurs, va impacter durablement le marché du travail. Les générations à venir resteront sans doute actives jusqu’à 75 ans, voire plus. Il va nous falloir aménager les espaces, les rythmes et les modes de travail aux seniors. Les personnes en situation de handicap doivent elles aussi être plus largement intégrées au monde du travail, ce qui nécessite de renforcer l’accessibilité des divers lieux de travail. De façon générale, la transformation digitale du travail qui est en cours ne doit pas contribuer à créer un nouveau type de fracture sociale – entre les insiders et les outsiders de la société numérique qui est en train d’advenir.

À cela vient, enfin, s’ajouter l’arrivée des imprimantes 3D, qui transforme radicalement le monde industriel. On va passer de la production pour tous à la production par tous – à l’heure où de plus en plus de voix s’élèvent, par ailleurs, pour appeler à la décroissance et mettre fin aux excès de nos sociétés de consommation, pour aller vers plus de sobriété et de respect de notre environnement.

La formation va devenir centrale pour maintenir les rythmes et les modes de travail. Toutes ces mutations auront en outre des conséquences sur le visage de nos villes. C’est à nous qu’il revient de réfléchir et de décider, dès aujourd’hui, du cadre de travail urbain que nous voulons pour demain.