Prendre soin de soi

La notion de « soin », traduction du care anglo-saxon, renvoie à l’ensemble des domaines visant à assurer le confort physique et moral de l’homme – santé, prévention, bien-être – lesquels ont pris une importance croissante ces dernières années au sein de nos sociétés occidentales modernes. Se pose dès lors la question, avec la concentration des populations dans les villes au XXIème siècle, des types d’infrastructures et de services qui doivent y être mis en œuvre pour garantir la santé et le confort de leurs habitants.

En France, la réforme du service de santé actuel, qui articule hôpitaux et médecine de ville, représente l’un des grands chantiers à venir. Outre la diminution des ressources budgétaires publiques, qui oblige à concevoir de nouveaux modèles économiques pour financer nos dépenses de santé, il faut prendre en compte la révolution numérique qui est en train de bouleverser les pratiques. Grâce aux data émergent, par exemple, des plateformes susceptibles de remplacer à terme les médecins pour l’établissement de diagnostics pour certaines pathologies (diabète, pneumonie, déficit en calcium, apnée du sommeil etc).

En complément de la révolution numérique, les révolutions biotechnologiques et nanotechnologiques en cours vont considérablement faire évoluer, dans les prochaines années, notre rapport à notre corps. La chimie va notamment, d’ici peu, laisser place à la biologie, avec le développement de la thérapie cellulaire et de la médecine régénérative. La connaissance intégrale de notre génome nous permettra de détecter les prédispositions à certaines maladies. On pourra non seulement anticiper les risques de maladies, mais aussi intervenir pour corriger ou remplacer ce qui ne fonctionne pas en mettant au point des thérapies ultra-ciblées et personnalisées.

Tous ces progrès auront pour conséquence un allongement considérable de la durée de vie. La problématique du bien-être des seniors est donc cruciale dans la ville de demain. Leur maintien à domicile suppose la création de services d’aide à la personne adaptés et de qualité. C’est tout un pan de notre économie qui est à inventer et à structurer, avec l’emploi, en majorité, de femmes précaires qui vont trouver là un moyen de s’assumer et de s’émanciper – exemple, parmi d’autres, des impacts sociétaux qu’auront ces évolutions radicales.

On pourrait enfin s’interroger sur la qualité du cadre de vie au sein de la ville de demain. Comment concevoir des villes moins polluées, mais également plus fluides, moins stressantes, mettant à disposition de tous leurs habitants des espaces verts, des espaces de loisirs ou de détente, des lieux dédiés au sport, aux activités créatives, au farniente, au plaisir d’être ensemble ? Comment aménager ces espaces de manière à ce qu’ils soient accessibles à tous – enfants, jeunes, seniors, personnes à mobilité réduite ou porteuses d’un handicap physique ou mental ? Car nous avons besoin d’une ville dans laquelle chacun peut être bien soigné, mais aussi dans laquelle chacun peut, tout simplement, se sentir bien.